Apprendre, un jeu d’enfants

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10 octobre 2016

« Voyager sans rencontrer l’autre, ce n’est pas voyager, c’est se déplacer ». À cette déclaration d’Alexandra David-Néel, je rajouterais qu’il n’existe de meilleure façon de connaître un pays qu’en allant à la rencontre de ses enfants. Loin de se soucier du regard que peut porter l’étranger sur leur pays, ils ne cherchent pas à le flatter en ne présentant que la devanture – l’image d’Épinal cultivée par les cartes postales -, mais le bousculent pour mieux l’épater.

À l’école San Vicente de Paúl – dans la banlieue de Quito – où j’ai enseigné l’anglais durant deux semaines, le tableau dressé par les élèves me faisant face m’a réellement permis d’en connaître davantage sur leur pays. Dans leur uniforme aux couleurs de l’école – bleu, vert et jaune -, les étudiants ont d’emblée brusqué mes habitudes de jeune enseignant. Premier constat, la relation avec le professeur semble moins hiérarchisée, plus amicale, la  complicité est plus grande. Ici, il n’est pas rare, par exemple, de voir les étudiants saluer leur professeur avec une bise amicale ou un « handcheck ». Un autre monde. Mais si mes us et coutumes de jeune enseignant ont été légèrement brusqués, c’est davantage la découverte de leur réalité quotidienne qui m’a désarçonné. Loin de l’école laïque à la française, l’établissement San Vicente de Paúl a une philosophie d’enseignement fortement imprégnée par les valeurs chrétiennes. Patriotismes et coutumes catholiques se mêlent pour montrer aux étudiants la voie à suivre : rassemblement hebdomadaire avec levée du drapeau et chant de l’hymne à la gloire de Dieu et la nation, prière quotidienne en début de journée, croix ornant les murs de classe, etc. Les symboles sont multiples et imprègnent le quotidien des élèves. À l’image de l’école, l’Equateur semble être à la croisée des chemins, tiraillé entre modernisme et traditions, influences occidentales et cultures ancestrales. Les adolescents qui m’ont fait face au cours de ces deux semaines en sont l’archétype. Bien que parfaitement assimilés au mode de vie occidental, ils ne sont pas peu fiers de défendre les traditions de leur pays. Equilibre précaire ou alternative solide ? L’Equateur va-t-il résister à l’impitoyable uniformisation des sociétés ?

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Si l’Equateur et ses enfants semblent s’adapter à la marche du monde, il reste un domaine face auquel ils n’ont que peu de marge de manœuvre : les grondements des profondeurs de la Terre. Sis près de la zone d’affrontement de la plaque continentale d’Amérique du Sud et la plaque océanique du Pacifique, l’Equateur est la proie des tremblements de terre et autres éruptions volcaniques. À Conocoto, là où se situe l’école San Vicente de Paúl, c’est vers le volcan Cotopaxi que tous les regards sont tournés. Plus haut volcan actif du monde (5897 m), il est pour les habitants de la banlieue Sud de Quito un danger dormant à ne pas réveiller. Il y a un peu plus d’une année, lorsque celui-ci sortit de son sommeil et cracha une pluie de cendres obligeant des milliers de personnes à quitter leur domicile, les habitants de Conocoto ont pris conscience de leur vulnérabilité. En cas d’éruption importante, le choix est simple et absolu, quitter le district ou mourir. Mais heureusement, les scientifiques sont sur le qui-vive et malgré quelques éruptions sporadiques, le Cotopaxi n’a pas fait de victimes humaines depuis des dizaines d’années. Pour prévenir les dangers de Mère Nature, les écoles organisent des exercices de simulation. À San Vicente de Paúl, le simulacre a lieu une fois par mois. La sonnerie de l’école est remplacée par une alarme et dès son déclenchement, les élèves ont pour mission de sortir de leur classe mains sur la tête pour se réunir dans la cour principale.

Après deux semaines riches d’enseignements et de rencontres magnifiques, je me demande qui de moi ou des élèves a le plus appris. Au fond de moi, je crois connaître la réponse. Ne voulant la révéler, je décide de quitter les bancs d’école et de prendre de la hauteur. Plusieurs volcans attisent ma curiosité : Pichincha, Illiniza Norte, Chimborazo… De là-haut, je devrais certainement en apprendre encore davantage.

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6 Comment

  1. Marc S says: Répondre

    Quelle belle leçon de vie et d’humilité. Je te reconnais bien là!
    Profites à fond de cette magnifique expérience et un GRAND MERCI de nous faire vibrer à travers ton blog…je voyage!
    Amitiés

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Grand Merci à toi Marc pour ce sympathique message!

      Content de te faire voyager un peu!

      Amitiés,

      Fabien

  2. Griffon says: Répondre

    C’est génial !!! ^^ merci Fafa !!! ^^

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Merci à toi MichMich! Gros becs.

  3. Nuno says: Répondre

    Hello Fabien,
    Juste pour te remercier d’avoir créer cette page, et de nous faire vivre cette aventure, qui en fait rêver plus d’un.
    Que tu puisses en profiter un maximum et cumuler encore paix et sagesse…
    Au plaisir de te relire au plus vite…

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Hey Nuno,

      Merci beaucoup pour ton super message! Content que ça te fasse plaisir!

      Fabien

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