Le Chimborazo, 6310 mètres, au plus près des étoiles

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27 octobre 2016

Plus haut sommet des Andes équatoriennes, le volcan Chimborazo est aussi le point de la surface de la Terre le plus proche des astres. Notre Globe étant aplati aux pôles et légèrement renflé au niveau de la ligne équatoriale, il dépasse les géants himalayens malgré ses modestes 6310 mètres. Atteindre sa cime est plus qu’un défi physique, c’est une aventure symbolique, une quête imaginaire vers les étoiles.

Accompagné d’Ivan, mon guide, je quitte le refuge Carrel sis à 4800 mètres à 13 heures. Premier objectif, rejoindre l’altitude de 5300 mètres pour monter notre tente et nous reposer avant d’attaquer l’ascension. Cette première marche se fait sans peine. Malgré un sac à dos d’une quinzaine de kilo et l’altitude relativement élevée, je talonne Ivan avec ardeur et l’énergie intacte. Mon acclimatation dans les montagnes environnant Quito s’étant bien passée, je suis relativement confiant à l’approche de mon premier 6000. Dans la semaine écoulée, j’ai gravi le volcan Pichincha (4874 m), le Pasochoa (4199 m) et le volcan Iliniza Norte (5126 m) sans grande peine. Mais je suis également conscient que ce n’est pas une mince affaire de passer la barre des 6000 mètres. Les histoires sont nombreuses au sujet de bons marcheurs européens s’étant cassés les dents sur le Cotopaxi (5897 m) ou le Chimborazo (6310 m). Le mal aigu des montagnes est le principal ennemi. Il frappe à la tête pour commencer avant de se répandre tel un venin à l’ensemble du système : migraines, difficultés respiratoires, nausées, vertiges, pertes d’équilibre, vomissements  sont quelques signes avant-coureurs du mal d’altitude. La dernière étape, à éviter, est celle qui mène à la mort. Elle se traduit par un œdème pulmonaire ou cérébral.

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À 5300 mètres, seul un léger mal de tête m’empêche de jouir pleinement du couchant qui plonge tranquillement derrière l’horizon. Mais il est loin de gâcher mon plaisir. Le spectacle qui nous fait face ferait lever le living-room d’une maison de retraite. Les derniers rayons du soleil chatouillent une mer de nuages bulbeux et blancs comme neige avant de frapper le glacier qui nous surplombent. Splendide. Mais nous savons que cette féerie est éphémère et qu’une fois couché, le soleil laissera place à des heures moins paisibles. Vers 18 heures, au moment où le jour cède sa place à la nuit, le vent commence son ballet. Il cogne la tente, refroidit nos pieds, nous empêche de dormir. Blottis dans nos sacs de couchage, nous tentons vaille que vaille de trouver le sommeil. À minuit, il sera l’heure d’entamer l’ascension.

23 heures, le réveil sonne et nous sort de notre relatif endormissement. En tout, nous avons dû accumuler deux heures de sommeil, ça aurait pu être pire. Il ne faut pas traîner, nous devons être partis au plus tard à minuit. Petit-déjeuner nocturne, préparation du matériel (casque, piolet, harnais, crampons, etc.), dernière vérification avant de mettre les voiles, à 23h55 nous sommes prêts à affronter le froid et la nuit. Nous aurons la chance de déambuler sous un ciel étoilé et le clair de lune. Dans ces conditions, même les parties les plus techniques devraient se faire sans encombre.

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Dès le départ, je sens que mon plus grand contradicteur sera l’altitude. Ayant toujours ce léger mal de tête, je m’inquiète un peu à l’idée de devoir affronter mille mètres de dénivelé. Pourvu que les symptômes n’évoluent pas trop rapidement au fil de la montée. Jusqu’à 5800 mètres, je tiens bon. Encordé à Ivan, je suis sans grande peine son allure lente et régulière en tentant d’oublier les coups qui frappent mon front et mes tempes. En deux heures de marche, nous avons englouti 500 mètres de dénivellation, le rythme est bon, tout est réuni pour atteindre la cime.

C’est à partir de cette altitude que les choses se compliquent. La pente raide et givrée, le froid, les rafales de vent, le manque d’oxygénation de mes muscles rendent ma progression lente et difficile. Si le souffle se fait plus lourd, ce sont également mes facultés intellectuelles qui faiblissent progressivement. Tel un boxeur venant de se prendre un crochet du droit, ma tête peine à répondre aux signaux qui m’entourent. Etourdi et beaucoup moins lucide, je tente de polariser mon attention sur le seul objectif qui vaille à ce moment-là : faire avancer mes jambes. Mais aux alentours des 5900 mètres, ma conscience reprend le dessus. La fatigue, la lassitude et la douleur sont trop importantes pour espérer rejoindre le sommet. Je me fixe comme objectif la barre des 6000 mètres.

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Une fois la cible atteinte, avachi dans la neige, j’annonce à Ivan que je ne souhaite pas poursuivre l’ascension. Mais celui-ci ne l’entend pas de cette oreille. Face à mon découragement, il tente de raviver la flamme qui sommeille en moi en m’informant qu’il est possible d’atteindre le premier sommet, le Veintimilla (6267 m), en moins d’une heure trente. Vu la souffrance que j’endure, je ne m’imagine pas à ce moment précis capable de tenir aussi longtemps. Ivan revient alors à la charge. Il m’assure croire en mes chances et m’avoue être impressionné par la manière avec laquelle je résiste à l’altitude. Les plus grands adeptes de la méthode Coué n’aurait pas fait mieux. Je décide de lui faire confiance et me persuade que j’ai suffisamment de réserve pour continuer.

Bien que ressemblant davantage à un vieillard poussant son déambulateur qu’à un alpiniste chevronné, je parviens à rallier le premier sommet du Chimborazo aux alentours des 05h20. Ivre de fatigue et un peu déçu d’échouer à 43 mètres de la cime principale  (le Whymper culmine à 6310 m), je ne peux retenir mes larmes. Le soleil naissant offre une vue magnifique sur les nuages et le volcan Cotopaxi, mais c’est bizarrement vers mon corps que mon attention se dirige. Après plusieurs heures de grande souffrance, de crispation et de nervosité, ma chair et mon esprit semblent vouloir lâcher prise. Larmes, frissonnements, soubresauts me prennent de court.

Un peu amer arrivé en-haut, je suis finalement pleinement satisfait de la tournure des événements. À l’instar de mon voyage, l’important n’est pas tant la destination mais le cheminement parcouru pour y arriver. Pour atteindre le sommet Veintimilla à 6267 mètres, le chemin fut long et douloureux, mais ô combien enrichissant ! Ce n’est pas tous les jours qu’on repousse ainsi ses limites physiques et mentales. Je n’oublierai pas de sitôt le Chimborazo.

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21 Comment

  1. Griffon says: Répondre

    Merveilleux!!! Bravo et merci ^^

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Merci MichMich, toujours un plaisir de te lire!

  2. David (Pinto) says: Répondre

    Belle étape! Sûrement celle avec laquelle, en te lisant, je me suis senti le plus à tes côtés. Tu donnes envie d’y être! Ça a dû être un moment absolument incroyable au sommet de ce volcan avec la fatigue accablante et les émotions à fleur de peau. J’ai des frissons juste en y pensant. Félicitations pour ce 6310 mètres en tout cas! Je me réjouis d’entendre tes récits de vive voix! Bonne suite amigo!

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Merci amigo:) Oui, j’ai rarement voire jamais ressenti une pareille émotion! Ce n’était pas une promenade de santé mais une expérience riche et inoubliable. A plus!

  3. Brian says: Répondre

    La bonne lecture du vendredi matin. Merci l’explorateur! Et bravo!

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Hey Brian! Merci beaucoup pour ton commentaire, avec plaisir!

  4. Ton récit est intense et donne des frissons… C’est sûrement une étape de ton voyage qui restera gravée. Bravo pour cet exploit physique et mental !!

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Coucou Marine,

      Merci pour ton commentaire! Oui, c’est sûr que ça restera gravé et je ne suis pas près d’oublier cette étape! J’imagine que de votre côté, vous en avez vécues des belles aussi!

  5. Oguey says: Répondre

    Bravo Fabien quelle force de caractère et de courage ! Tu peux être très fier de toi. Mais ne pousse pas trop ton corps aux extrêmes. Que de beaux souvenirs à raconter à tes futurs descendants ??!!! Profites bien de chacun de ses moments magiques que la vie t’offre. Nous pensons bien à toi. Véro et famille Oguey

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Coucou la famille,

      Merci pour votre commentaire! Oui, j’aurai 2,3 histoires à leur raconter…;) Merci en tout cas, gros becs.

  6. Bea says: Répondre

    Je suis incroyablement impressionnée par cet exploit! Je te félicite, je comprends ta joie et ta fierté, quelle belle aventure!

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Coucou Bea,

      Merci beaucoup, ce n’était vraiment pas de la tarte… Mais la satisfaction au bout en vaut la peine! Bisous.

  7. Isabelle Favre says: Répondre

    Magnifique récit, en te lisant on capte toutes tes émotions et tes souffrances. Digne d’un écrivain ! Bonne suite de périple ! Gros bisous. Isa ta cousine

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Hey ma cousine!

      Merci pour ton commentaire! Content que le récit permette une légère immersion dans la réalité qui était la mienne dans la montée! Plus trivialement, j’en ai chié! 😉 Gros bisous.

  8. Rocco crudo says: Répondre

    Troppo forti bravi .che coraggio che DIO vi aiuti à proseguire ,questa forza per la vita.bravi ancora

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Muchas gracias por tu mesaje y tus deseos, es muy agradable! Saludos.

  9. Merci de nous faire si bien vivre tes aventures, qui sont aussi magiques que diversifiées.
    A lire le dernier épisode, on sent d’ailleurs que tu n’as pas perdu cet amour des sommets qui t’animait lorsque tu commentais les courses de ski pour tooski… 😉
    Bon vent pour la suite!
    Cyril

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Salut Cyril,

      Merci beaucoup pour ton message, ça me fait super plaisir de te lire!
      Effectivement, l’amour des montagnes est intact voire plus important! Je vais aller un petit coup à la mer bientôt, mais je compte retourner dans les Andes d’ici peu.

      Merci encore, bonne suite à toi et tooski!

  10. Martine et jean-Marie says: Répondre

    Bravo Fabien,tu viens d’accomplir une immense performance.Avec cette volonté. Là,,l’avenir est à toi. Grand bravo Les Viasois Jean-Marie et Martine

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Bonjour Martine et Jean-Marie,

      Merci beaucoup pour votre message, ça me fait plaisir de vous lire! Content que mes aventures arrivent jusqu’à vous!

      À bientôt, je vous embrasse.

  11. José says: Répondre

    AMIGO. ME DEJAS SIN ALIENTO, DE ENTENDER LA FUERZTA ESPIRITUAL, DEL CORAGE Y LA VOLUNTAD QUE LE PUSISTES A ESTE DESAFIO DE DESCUBRIR UN NUEVO CIELO Y UN ESPECTACULAR SOL NACIENTE, 6267 METROS ( CHAPEAU) ME SIENTO MUY ORGULLOSO DE TÌ , TE ENVIO MUCHA ENERGIA Y HASTA PRONTO ,

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