La Bolivie, des enfants travailleurs et des horizons magiques

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Copacabana, au bord du lac Titicaca. Premier jour en Bolivie. Cherchant à assouvir ma soif, je me dirige vers une tienda à la recherche d’une bouteille d’eau. N’apercevant aucun vendeur à l’horizon, je demande au jeune garçon installé sur un tabouret aux abords du magasin s’il sait où se trouve la personne tenant boutique. Il me répond placidement : « C’est mon commerce, je suis le vendeur ». Abasourdi, je lui demande alors le prix de la bouteille et son âge. Il me dit tranquillement : « J’ai dix ans et la bouteille est à 7 bolivianos ».

Il n’a pas fallu attendre bien longtemps avant de réaliser à quel point la Bolivie allait désorienter mon esprit de jeune occidental. La vision idyllique et fantasmée des publicitaires de jouets pour enfants, dont mon cerveau est imbibé depuis petit, s’est d’entrée heurtée à la réalité crue du travail infantile. En Bolivie, une grande partie des jeunes en âge de fréquenter les places de jeu ou les ludothèques troquent leur temps libre contre des heures rémunérées. Vendeurs de friandises, cireurs de soulier, crieurs dans les transports, les enfants travailleurs sont partout. Selon l’OIT (Organisation Internationale du Travail), plus de 850 000 enfants boliviens travaillent, ce qui fait de ce petit état d’Amérique latine l’un des pays qui comptent le plus d’enfants travailleurs en proportion à sa population. Après l’adoption en 2014 d’une loi autorisant le travail des enfants à partir de 10 ans, la Bolivie est même devenu l’unique pays au monde à l’autoriser avant 14 ans.

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Quel genre de personnes a bien pu pousser le gouvernement à modifier en ce sens le Code de l’enfance et de l’adolescence ? Les jeunes travailleurs eux-mêmes ! Mécontents du texte initialement prévu, qui se calquait sur les critères des traités internationaux, les jeunes de l’Union des enfants et adolescents travailleurs de Bolivie (sorte de syndicat) ont alors fait part de leur colère au travers de manifestations, forçant le président Evo Morales à faire machine arrière. Pour les enfants et les adolescents travailleurs, le nouveau texte de loi a une valeur capitale ; il leur permet d’avoir des droits et d’être protégé juridiquement en cas d’abus. Il oblige par exemple les parents dont les enfants sont à leur compte de garantir un temps pour la scolarisation et les loisirs, et les employeurs de verser au moins le salaire minimum dont bénéficie les adultes.

Avec ou sans le texte, il demeure une réalité bolivienne qui risque de durer encore longtemps. Sans travail, sans possibilité d’aider financièrement leurs parents, beaucoup d’enfants ne pourraient tout simplement pas aller à l’école. De nombreuses familles sont en effet obligées de compter sur l’argent des enfants pour payer les fournitures scolaires ou l’uniforme. Au grand dam des abolitionnistes, pour qui le travail infantile est inconcevable, la Bolivie a donc choisi la voie du pragmatisme, celle de permettre à l’enfant travailleur de sortir de la clandestinité et obtenir certains droits, comme le droit à l’éducation par exemple. Choix dangereux ou judicieux ? Le débat reste ouvert.

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Pendant que les enfants travailleurs tentent comme ils peuvent de s’en sortir et de dessiner leur avenir, le prospecteur d’horizons magiques, dont la grande chance est d’être né là où l’argent sert avant tout à se gargariser de plaisirs éphémères, en a pour son argent. Et plutôt deux fois qu’une ! À travers d’interminables pistes, le pays régale de paysages aussi magnifiques qu’énigmatiques. Canyons dignes des Far West, déserts de sel, lacs aux nuances ocrées, turquoises ou jaunâtres, dunes constellées de grosses roches volcaniques, la Bolivie est l’un des pays les plus pauvres d’Amérique latine, mais certainement l’un des plus riches par sa beauté.

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2 Comment

  1. Maman says: Répondre

    Et bien ça donne à réfléchir ………

    Bonne route et vraiment certaines choses resteront gravées à jamais dans ta tête et dans ton coeur ….❤️
    Je t’

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Oui, c’est sûr! Merci maman, je t’aime.

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