Santiago en famille et la Carretera Austral pour la vie

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Les supermarchés ont remplacé les marchés locaux, les trottoirs ne sont plus le lieu des vendeurs ambulants mais celui des vélos et des joggers, le drapeau national ondoie fièrement dans la brise des villes, les jeunes gens paradent sous leurs tricots à la mode, les voitures s’arrêtent pour laisser passer les piétons, « Bienvenue en Occident », me suis-je dit à mon arrivée au Chili. Pays le plus développé d’Amérique latine, la République du Chili demeure, sous ses airs étasuniens, une terre d’émerveillement et d’aventure. Moins déboussolant culturellement parlant que son voisin bolivien, il offre davantage de liberté aux voyageurs de l’instant présent, à ces fugitifs du temps planifiés, séquencés, orchestrés. À pied, à vélo, en voiture ou en bus, il est aisé de se perdre, se laisser guider par le seul objectif qui vaille, l’horizon, et oublier le temps qui passe. De manière à échapper au tic-tac de l’horloge qui nous soumet par la force des choses, je recommanderais la Carretera Austral, route longue de 1240 km traversant la Patagonie de Puerto Montt à Villa O’Higgins. Merci à toi, Augusto Pinochet !* Ici, rien ne sert de courir, le contre-la-montre est perdu d’avance. Les bus sont rares, le temps peut changer très rapidement, les voitures pas toujours prêtes à vous prendre en stop. Qu’il est bon d’avancer sans connaître, ni l’heure, ni la date, de son arrivée !

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Du  Nord au Sud, du désert de San Pedro d’Atacama aux maisons sur pilotis de Caleta Tortel, environ 3500 km plus bas, les expériences vécues et les émotions partagées ont été très différentes. À l’image du Chili, pays ô combien bigarré, j’en ai vu de toutes les couleurs. Mais une chose est sûre, je reviendrai !

Santiago en famille

L’arrivée dans une mégapole n’est jamais aisée pour celui qui bourlingue essentiellement  de montagnes en villages et de villages en villes à taille humaine. Elle demande une adaptation si rapide qu’elle peut avoir l’effet d’une bonne petite dose de drogue douce ! Trop de stimuli, de va-et-vient, de bruits, d’odeurs mélangées… Tout ça me donne vite le tournis ! Heureusement, j’ai généralement la chance d’être accueilli par des gens formidables. Des gens qui, souvent, au bout du compte, me donnent l’impression d’avoir une seconde famille. À Santiago, mon père et ma mère de substitution se prénomment Guillaume et Macarena. En m’ouvrant leur porte, en m’accueillant comme un fils, ils ne m’ont pas seulement offert un toit, ils m’ont invité dans leur vie. Découvrir la ville est une chose que tout voyageur est appelé à faire, mais connaître l’envers du décor, les us et coutumes de ses habitants, leur quotidien, est davantage intéressant. Les soirées entre amis, la célébration du Nouvel An, les franges déconnades sur le balcon, tout ça est bien plus passionnant que la visite du musée municipal ! Merci.

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La Carratera Austral pour la vie

Après quelques pérégrinations dans le Nord de la Patagonie, mon chemin me mène à Puerto Montt, point de départ de la Carratera Austral. Le « Senda General Pinochet », comme elle est parfois surnommée, a la réputation d’être l’une des plus belles routes d’Amérique latine. Mais n’ayant eu connaissance de son existence que peu de temps avant mon arrivée et ne m’étant réellement renseigné à son sujet, je laisse à la route le soin de me surprendre. Au kilomètre zéro de cette piste longue de plus de 1200 bornes, le plan est simple, mettre cap au Sud et passer en Argentine. Pour le reste, on verra bien ! À l’image du non-voyant attendant qu’une bonne âme veuille bien l’aider à trouver son chemin, je donne aux éléments extérieurs la charge de m’amener à bon port. La météo, les rencontres, les aléas du quotidien me serviront de guide. Le temps nécessaire pour arriver au but final n’a que peu d’importance.

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Laisser les événements décidés de sa course a l’avantage de donner à l’âme tout loisir de profiter pleinement de l’instant. Et chemin faisant, l’émerveillement est total. Les fjords entre Hornopirén et Caleta Gonzalo, les glaciers bleutés entre Puyhuapi et Coyahique, les eaux turquoises du rio Baker, le bleu outremer du Lac General Carrera, le Cerro Castillo et ses neiges éternelles… Tout le long de la route, l’esprit léger, je ne peux que m’enthousiasmer devant tant de beauté.

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La Carratera Austral est sans doute l’une des plus belles étapes de mon périple sud-américain. Passer près de trois semaines à la sillonner laisse des traces, c’est indéniable. Heureusement pour moi, l’empreinte qu’elle va me laisser n’est faite que de beaux souvenirs. De sourires aussi. À l’arrière d’un pick-up, sur les eaux tumultueuses du Río Futaleufú, dans l’attente désespérée d’un automobiliste au grand cœur, sous le soleil brûlant des bords de piste ou dans la poussière d’une fourgonnette aux fenêtres ouvertes, le temps passé à tes côtés résonne en moi comme une douce mélodie. Une mélodie que je compte réécouter. La rue (K) est à nous, je te le promets !

 

 

* La Carretera Austral fut l’un des grands projets réalisé par le régime d’Augusto Pinochet. Initié en 1976, il avait pour objectif de relier les petites localités isolées du Sud du Chili.

7 Comment

  1. Bea says: Répondre

    Toujours aussi interessant. 🙂

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Toujours aussi gentil, merci! Bisous.

  2. Mitch Griffon says: Répondre

    Quel merveilleux voyage et… quel merveilleux conteur… encore merci ^^

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Merci à toi! Venant d’une prof de français, quand on est « que » prof de sport et d’histoire… ça me fait d’autant plus plaisir;)

  3. Liliane burdet says: Répondre

    Salut Fabien, j’ai vraiment envie de te dire comme l’ancien conseiller fédéral : c’est formidable… ce qui t’arrive mais surtout par ton état d’esprit si ouvert. Tu profites du moment présent et les événements s’enchaînent naturellement…
    ta narration est un vrai plaisir que je goûte parcimonieusement…
    En plus j’ai des nouvelles de ton père de substitution…
    Continue à nous faire rêver … bonne continuation….
    Liliane

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Coucou Liliane,

      Merci pour ton joli commentaire, c’est toujours un plaisir!
      J’espère que mon père de substitution va bien, mais à voir les photos, ça a l’air d’aller… Merci encore!

      Bec.

  4. Liliane burdet says: Répondre

    Oui Fabien, il va bien et essaye,comme moi, de te suivre virtuellement … on patiente pour lire ton prochain blog … bonne route

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