Plus de 1500 km en stop à travers la Patagonie

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« Lorsqu’elle s’enfuit, la route est la seule amante qui vaille la peine d’être suivie » Sylvain Tesson

C’est dans l’air du temps: « booker » son vol pour l’autre bout du monde, traverser l’Océan en quelques heures, profiter du week-end de Pâques pour faire un tour à New York, sauter dans le TGV en quête du soleil, commander son Uber pour éviter 15 minutes de marche nocturne. On clic, on réserve, puis on court. Vite, vite, le temps presse… « Le temps, c’est de l’argent », martèlent-ils depuis que l’on est petit. Alors on se bouge, on s’agite, on fonce ! Il ne faudrait pas perdre une miette. Enfin, on tente d’immortaliser les précieuses secondes. Pour cela, on a inventé les selfies, les géolocalisations, snapchat et compagnie. La norme est d’être partout sans jamais être vraiment là.

De manière à échapper à cette course effrénée, le voyageur au long cours a la chance de pouvoir choisir de donner son temps à la route. Pour quelques jours, des semaines, quelques mois, des années, il peut décider de vagabonder au gré des envies et des possibilités offertes sans autre but que celui d’avancer. Epouser une telle existence (même pour un temps) offre l’avantage de recentrer son attention sur les besoins élémentaires : se nourrir, s’orienter, se garder du froid, trouver un toit où dormir, et par rebond, sur tous les événements qui jaillissent de l’ « exercice de la route ».

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Laisser place à l’imprévu, aux rencontres inattendues, à la contemplation, au poids des heures… Voilà en partie ce qui nous attend lorsque l’on décide d’avancer à la force de son pouce. D’accord, l’attente peut être longue, l’égrènement des secondes parfois désespérante, mais au bout du compte, alors que le temps pèse de tout son poids, il offre des moments de légèreté – des instants suspendus – qu’aucun voyage par étapes ne sauraient offrir.

Pour tout auto-stoppeur, l’acmé correspond certainement au moment où l’on nous dit : « D’accord, montez ». Après des heures le long de la route à passer par tous les états d’âme (lassitude, euphorie, mélancolie, gaieté), nous voilà délivrer ! Toutes les émotions accumulées se libèrent d’un seul coup en une joie quasi orgasmique. Les vapeurs émotionnelles dues au bouillonnement intérieur laissent place à la quiétude et au vrombissement du moteur en marche. La route nous appartient ! Une fois à bord, un nouveau monde s’offre à nous.

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Celui de la cabine d’un routier chilien faisant le trajet Punta Arenas – Santiago (3000 km) en trois jours (en plus de nous inviter à bord, il a partagé avec nous un café et des biscuits le long de la ruta cuarenta) ; celui d’un jeune couple vendeur de cerises (entassés entre les caisses de fruits et nos sacs, la petite fille sur les genoux de sa maman, tout le monde était bien calé !) ; celui de l’arrière d’un pick-up, cheveux dans le vent et regard sur les paysages environnants (des vues magnifiques sur les glaciers, entre Puyhuapi et Coyhaique) ; celui de la jeep de deux pêcheurs (on ne s’est rendu compte qu’une fois à bord que nos sacs n’avaient pas été sanglés après avoir été lancés sur le toit) ; celui d’un couple de retraités argentins très sympathiques mais qui nous a déposés là où personne ne passe (Tres Lagos, village désertique où des auto-stoppeurs attendaient depuis deux jours sans succès)…

Dans la cabine du routier chilien
Dans la cabine du routier chilien

Mis bout à bout, tous les éléments cueillis le long du chemin pèsent bien plus lourd dans le tiroir des souvenirs que les quelques escales touristiques par lesquelles nous nous sommes arrêtés. Les heures à attendre : les faux-espoirs, les discussions, les subterfuges à l’attente (jeux, énigmes, comptage de voitures, danses improvisées, etc.), les rencontres au bord de la route, le froid, la faim; les heures en route: la découverte de l’autre, les échanges, l’excitation due au déplacement, la contemplation des paysages… Chaque minute passée sur les 1500 kilomètres parcourus en auto-stop m’ont appris à apprécier une autre dimension du temps, plus dense et plus riche.

Mais pour savourer chaque instant à sa juste mesure, il reste un facteur à ne pas négliger : le compagnon de route. Faites en sorte qu’il ait de la discussion, qu’il sache user de ses charmes pour inciter les voitures à s’arrêter, qu’il ait le sens de l’humour, qu’il ait avec lui de la bonne musique et qu’il ait le courage de vous supporter. J’ai eu de la chance, je suis tombé sur une perle !

 

4 Comment

  1. Bea says: Répondre

    J’aime ces voyages avec toi. C’est magnifique! Tu as saisi l’essence même du mot voyage. Belle suite. Et que de belles choses à revivre, dans ta tête, comme un bon livre. Bisous
    Bea

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Merci beaucoup Bea, content de te faire voyager! Merci infiniment, ça me fait plaisir d’entendre ça, c’est sympa! Les souvenirs sont innombrables… Encore de la peine à me rendre compte de tout ce que j’ai vécu! Bisous.

  2. Ninounette says: Répondre

    Superbe… tu es courageux !!!! Vraiment!!! Durant toute ta vie tu auras des souvenirs plein la tête
    Et le cœur
    Merci pour ton partage
    Bisous
    Ninounette

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Merci Ninounette! Oui, j’ai d’innombrables mémorables souvenirs. Difficile de réaliser encore! Merci pour ton commentaire, bisous.

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