Cabo Polonio : nu dans les vagues et pêches nocturnes

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Terminal de Cabo Polonio, 15 heures. Plusieurs dizaines de vacanciers attendent sagement le convoi qui leur permettra de rejoindre, sept kilomètres en contre-bas, le hameau de Cabo Polonio.  Situé à l’intersection de deux longues bandes de sable –  au sein d’une zone protégée – la petite commune d’une septantaine d’habitants a fait vœu de sobriété : pas d’électricité conventionnelle ni eau courante, aucune route carrossable ni voitures… Seuls les camions à touristes (sortes de poulaillers sur roues) perturbent la paix des ménages. Pendant les grandes vacances (décembre à février), les journées sont rythmées par des dizaines de va-et-vient. La chaleur, le soleil, les heures de bus, la fatigue auraient dû me pousser à choisir la facilité : monter dans le camion. Mais je préfère à ce moment-là rejoindre le village à pied. Coup du hasard ou faveur du destin, ce choix s’avérera être le bon.

À quelques deux kilomètres de la commune, après environ 45 minutes à marcher dans le sable et les verts pâturages, mon chemin croisa celui d’Eduardo. Petit homme d’une quarantaine d’années, au cuir hâlé et à la chevelure charbon, il me proposa le logis (contre une petite pension et le partage des repas) et sans le savoir, m’ouvra les portes sur trois jours mémorables et magiques.

Eduardo vit depuis vingt ans dans une cabane en bois située à environ deux kilomètres du centre du village (le coeur de la commune, où afflue les touristes, est peuplé par les tenanciers d’auberges ; les autres personnes résidant à l’année sont éparpillées le long des deux longues grèves de sable qui partent du phare, le noyau originel de Cabo). Bien que peuplée par les grenouilles, sa hutte de bois est un endroit plutôt accueillant. Plantes, peintures, créations personnelles, livres, photographies parsèment son intérieur et amènent de la couleur aux murs de planches grisaillées par le poids des années. Le confort y est rudimentaire : l’éclairage se fait à la bougie, l’eau est puisée dans une source située à une dizaine de mètres, la douche est un bidon en métal troué en son fond et le toit n’est pas complètement étanche. Pour celles ou ceux qui recherchent la paix du soir au son des vagues et du coassement des batraciens, l’endroit est tout trouvé !

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Vivre au rythme de la lumière et selon les règles imposées par la maison est une expérience en soi, unique et incroyable. Les repas à la bougie, les aménagements de fortune lorsque la pluie s’en vient, la gestion de l’eau, chaque geste du quotidien est déterminé par le cycle des saisons et celui du jour et de la nuit. Mais en m’ouvrant sa porte, Eduardo ne m’a pas seulement invité dans son monde, il m’a aussi permis de partager avec quelques-uns de ses amis et habitants du village des expériences tout simplement magiques.

L’après-midi du troisième jour, je fis par hasard la connaissance de Gustavo. Ancien acteur, polyglotte et amoureux de la nature, il s’est installé à Cabo Polonia il y a de ça trois ans. Après des années entre Berlin, Londres et Los Angeles, il a décidé de retourner en Uruguay, son pays natal, pour vivre au plus proche des éléments, le long de la plage. Sa petite maison, construite avec des matériaux recyclés et bariolée de mille couleurs, a été baptisée le « Hippie Hilton ». Pour gagner quelques sous, il y accueille des touristes pour des séjours « écolos & confort » et propose des séances de reiki.

Tandis que l’on partageait tranquillement quelques bières avec un de ses amis de Montevideo venu le rendre visite, Gustavo nous proposa de profiter des derniers rayons pour se baigner. Ayant pour habitude de nager nu, ils nous invita à faire de même et nous suggéra d’aller sur un bout de plage où l’on ne risquerait pas de croiser quelqu’un. Légèrement éméché, je répondis sans hésiter :  « Vamos a la playa ! ». Déambulant face à un soleil orangé et au rythme du battement des vagues, on s’arrêta à quelques encablures de sa maison et ôta nos vêtements. Pas vraiment habitué à me baigner dans le plus simple appareil, le moment me semblait un peu irréel. Mais celui-ci devint rapidement surréaliste à la vue des hôtes qui nous attendaient à une centaine de mètres du rivage. Des dauphins nageaient paisiblement et semblaient vouloir nous saluer de leur grâce. Une fois dans l’eau, je pouvais aisément contempler leur peau argentée qui scintillaient sous les dernières lueurs du jour. L’instant était magique. Je nageais nu à quelques dizaines de mètres d’un groupe de six dauphins. Hors de l’eau, nous ne les avons plus revus. Je n’ai pourtant pas rêvé !

La magie opéra encore une fois le soir venu, à la veille de mon départ. En compagnie de deux amis d’Eduardo, Raul, la quarantaine aux cheveux longs et Fabian, un rastaman sec comme un hareng, je conclus mon séjour par une joyeuse partie de pêche sous les étoiles. Armés d’une bouteille de vin, de ma lampe frontale, d’un long filet et d’un bidon, nous avons réussi à appâter une centaine de poissons en un peu moins d’une heure. Le tout était d’être discret : éteindre la lampe, tendre le filet au maximum, entrer dans l’eau sans faire de bruit, avancer tranquillement sur une vingtaine de mètres et rejoindre la plage avec la même rigueur. Mais au-delà du succès de ce ballet improvisé, c’est l’infinie perfection de l’instant et l’infime conviction de vivre un moment exceptionnel qui me saisit. La réalité était trop belle pour être vrai. L’essaim d’étoiles surplombant nos têtes et les lucioles de mer qui fusaient sous les plongeons de Miel (la fille de Fabian nous rejoint en cours de route) donnait à la nuit des airs de Galerie des glaces. Face au sérieux de mes deux acolytes, Miel répandait sa bonne humeur en sautant dans les vagues et en m’invitant à faire de même. La fraîcheur et le naturel de cette gamine de dix ans me fascinaient. On termina la soirée en dégustant les fruits de notre labeur, à la lumière des chandelles. Que c’était bon ! Merci Eduardo.

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14 Comment

  1. Karen says: Répondre

    Pfffffffff aucun commentaire ! La vraie vie la vraie aventure 🙂 top

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Merci Karen:) J’ai vécu des moments vraiment incroyables en Uruguay, c’était fou!

  2. Maman says: Répondre

    …Les rencontres dans la vie sont comme le vent…
    Certaines vous effleurent juste la peau, d’autres vous renversent, vous transportent…
    et restent gravées à jamais…
    Tu as vécu des moments si forts….Savoir savourer juste l’instant présent …une vraie richesses ❣️❤️
    ❤️

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Merci maman pour ces beaux mots! Oui, j’ai vécu des moments incroyables (et vous ne savez pas tout;)), j’ai de la peine à réaliser encore… Savoir savourer l’instant présent, pas sûr d’être tjs capable de le faire! Une vrai richesse à travailler, oui:) Gros becs.

  3. Marylin says: Répondre

    Merci Fabien pour le partage de tes aventures, ça fait rêver ! Et ça donne envie ! Ce doit être magique de vivre autant de chose et de tant partager avec les rencontres faites au hasard sur la route
    Bonne suite d’aventure

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Merci Marylin! Ce n’est pas tous les jours faciles, mais au bout du compte, les bons moments sont les plus nombreux! Et ça arrive de vivre des moments suspendus, mémorables, magiques… J’ai de la chance! Merci pour ton commentaire, bisous.

  4. Michèle Griffon says: Répondre

    troooooop bien !!!! ^^

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Merci, c’était fou!

  5. Annie says: Répondre

    Magnifiques expériences….se laisser porter ,aller à la rencontre des autres ,faire de belles rencontres ….tout est à une autre dimension quand on se laisse du temps ……et de voir l’essentiel!

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Exactement, tu as très bien résumé mon cheminement! Merci pour ton commentaire Annie, bisous.

  6. Ninounette says: Répondre

    Comme ta maman la si bien dit ….. la vie est pleine de richesses …. saisis les ✨
    Ninounette

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Oui! Merci:)

  7. José says: Répondre

    Amigo: La magia existe y fuistes parte de ella.
    Los momentos vividos ganaron un espacio en tú corazón, gracias por hacernos parte de esa magia, y que nos permites viajar contigo, imaginar y soñar de lugares maravillosos . Sigue disfrutando al máximo.

    1. Fabien Favre says: Répondre

      Muchisimas gracias amigo! Si la magia existe, es tambien porque tengo amigos como tu:) GRACIAS!

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